mardi 29 mai 2012

crocodiles


Il était une fois une jeune fille sans désirs.
Elle vivait seule dans une petite chambre tout en haut d'un escalier étroit. Elle ne voulait jamais y monter lorsqu'elle était en bas, et jamais en descendre lorsqu'elle était en haut. Elle avait des amis qu'elle ne voyait jamais, et un amoureux dont elle oubliait parfois le nom. Lorsqu'elle avait faim elle mangeait, lorsqu'elle avait sommeil elle dormait.
La jeune fille était photographe. Tous les jours, elle sortait de chez elle, son appareil à la main, et se promenait de longues heures à la recherche de quelque chose à photographier. Parfois, elle s'arrêtait, hésitait, puis renonçait finalement, incapable de choisir un sujet, un point de vue, un cadrage. Aucun choix ne lui semblait mieux qu'un autre, rien ne parvenait à retenir son attention. En fait, elle n'avait jamais pris la moindre photo.
Un matin, elle sorti de chez elle pour sa déambulation quotidienne, et se retrouva un peu par hasard sur la place du marché. Elle regarda sans vraiment les voir les étalages, les gens, les maisons. Elle allait repartir quand tout à coup, quelque chose attira son attention : là, se faufilant entre les passants, il y avait un crocodile. Un ÉNORME crocodile vert et brillant que personne ne semblait remarquer et qui disparut aussitôt dans la foule. Éberluée, la jeune fille accéléra le pas, cherchant des yeux la trace de l'énorme reptile. Elle fit le tour du marché sans grande conviction, se disant qu'elle avait rêvé. Mais il était bien là, tranquillement installé à côté d'un étal de fruits, ignoré des passants. Elle sorti son appareil et visa, mais le temps de prendre la photo, l'animal avait repris sa course. Sans réfléchir, elle s'élança à sa poursuite, bousculant les grands-mères, renversant les piles de tomates, mitraillant le reptile de son appareil. Son cœur s'accéléra, la rouge lui monta aux joues. Elle ne comprenait pas ce sentiment qui la prenait tout à coup, mais cela n'avait aucune importance. Elle ne pensait qu'à une chose : courir, et attraper ce crocodile. Elle couru ainsi pendant près d'un quart d'heure. Puis, comme s'il voulait la semer, il s'engouffra dans une petite rue passante et s'évanouit à nouveau dans la foule.
La jeune fille était essoufflée mais heureuse : elle avait pris des dizaines de photos et allait pouvoir montrer à tous ce qu'elle avait vu. Elle se sentait légère, euphorique.Mais en rentrant chez elle, elle se décomposa : sur aucune photo n'apparaissait la moindre trace de crocodile, pas le plus minuscule petit bout de queue. « En même temps, se dit-elle, le crocodile était au ras du sol, masqué par la foule, et j'avais du mal à le photographier en courant, c'est normal qu'il m'ait échappé. J'y retournerais ce soir, et je le retrouverais ».
Animée par cette certitude, elle décida de retourner sur les lieux le soir même. Le marché se démontait et les rues s'étaient vidées lorsqu'elle arriva sur la place. Les sens en alerte, elle épiait les alentours, photographiant la moindre ombre, le plus petit reflet vert qui lui rappelait le reptile. Elle remonta les rues jusqu'à l'endroit où elle avait perdu le crocodile de vue, puis les rues suivantes, inspectant dans les caniveaux, sous les voitures, même parfois en l'air, dans l'espoir de le voir réapparaître. Ce n'est que quand la nuit tomba qu'elle consentit à rentrer chez elle, découragée et perdue.
Mais elle ne put s'endormir de la nuit. L'image du crocodile passait et repassait dans sa tête, excitant sa curiosité. Elle regarda toutes les photos qu'elle avait prises, et les regarda encore, avec l'espoir que tout s'éclairerait enfin, en vain. Elle ne dormi pas de la nuit suivante, ni de celle d'après, tant le crocodile la hantait. Elle ne tenait plus en place. Tous les jours et toutes les nuits, elle errait dans les rues à la poursuite du mystérieux reptile.

Ce n'est qu'au bout d'un an qu'elle admit qu'elle avait rêvé. Mais cela ne la rendit pas triste. Elle a pris des milliers de photographies. Tous les jours, elle se promène, de plus en plus loin, pleine de désirs divers.
Invisible, tapi entre les jambes des passants, le crocodile veille...

Recherches pour un projet que je ne finirais jamais parce que c'est les VACANCES !

5 commentaires:

  1. Ils ont trop la MEGA CLASSE tes crocos !!! et oui c'est les VACANCES youpii !!!

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  2. De moi il fallait inventer une histoire sur la trame narrative de Blow Up, avec un artiste qui prend un témoignage du réel, découvre quelque chose dedans, mais la trace comme le réel disparaissent et l'artiste m'a plus que le DOUTE, et après tout c'est bien normal parce qu'interroger le réel c'est son boulot. (Bon film si t'as l'occasion de le voir...)

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